Encore quelqu'un qui a abusé de ma complaisance, encore quelqu'un qui me prend pour un idiot, ou un autre qui pense que tout lui est dû simplement parce qu'il l'a demandé avec les formes… Vous êtes tous pareils.
«Tu aurais dû dire non» , «Pourquoi tu as dit oui», «Ça t'apprendra à être trop gentil»,. Gentil, le mot est posé. Comme si ce trait de caractère, aujourd'hui moqué, était une insulte à ranger à côté des usages modernes de boloss ou victime. Comme si ce mot ne pouvait désigner que le comportement d'un enfant bien élevé. Bref un naïf, trop enclin à faire confiance dans une humanité où l'homme, devenu loup, n'est plus digne de ce sentiment, pourtant à la base de tout société humaine : la confiance.
Me voilà, à quarante ans, à tenter de faire de mes enfants des futurs adultes fiers d'être humain avec tous les défauts et tous les espoirs que cela engendre. Me voilà, à quarante ans, à entendre encore quelqu'un me dire, avec un ton condescendant : «tu es trop gentil».
Oui, je suis trop gentil. Le pire ? C’est que je trouve ça normal de vouloir faire plaisir à l'autre, donner un peu de mon temps, de mon énergie, à aider gratuitement sans rien attendre en retour. Ne cherchant ni gloire, ni admiration, juste le sentiment d'avoir fait ce qui devait être fait à ce moment-là.
Mais vous savez quoi ? À quarante ans, je considère ne plus avoir à m'excuser ou à me justifier d'être gentil. Sachez même que j'ai même envie de normaliser cet adjectif pour me rattacher à son sens premier, historique. Je serais un gentil, ni mécréant, ni apostat, quelque part entre et le païen et l'hérétique, juste un homme non converti à votre cynisme ordinaire. Un homme libre de croire en ces valeurs cachées chez ces autres humains que j’estime être dignes d’attention.
Chers congénères (oui encore un beau mot dont le sens, trop simple, est mal vu), sachez que je garde espoir en l'humanité et que même en connaissant vos défaut, même ceux que je ne fait que tolérer, je pourrais avoir envie de vous aider, sans rien en échange, juste avec la sensation que c’est ce qu’il faudra faire à ce moment là, et peut-être que ce grain de sable rendra le monde meilleur. Cependant, n’oubliez pas que je ne suis qu’un humain comme un autre, et qu’il pourra m’arriver de ne pas avoir envie à ce moment-là. Juger en mon âme et conscience qu' à ce moment-là, cette action-là n'est pas la plus pertinente et je me retiendrai d’intervenir. Que voulez-vous, je suis ce que je suis et, pour rien au monde je n'aurais l'envie de changer.
Je suis un gentil et ceci est mon manifeste.